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  • Jean-Philippe

Dieu a prescrit la recherche de la perfection dans toute chose : l'abatage rituel


Allah a prescrit al-Ihsân (la perfection et la bienveillance) en toute chose. Ainsi si vous tuez, tuez convenablement et si vous coupez la gorge, faites-le avec soin : que l'on aiguise la lame et que l'on épargne à la bête la souffrance. [1]

La mise à mort des animaux pour la consommation est très règlementée dans la jurisprudence musulmane. Il est impossible ici de donnée une vision exhaustive mais nous pouvons cependant en donner les grands contours.

La première règle a déjà été citée et consiste à demander l’autorisation à Dieu pour prendre la vie de cet animal à travers la formule « Bismillah ». Ceci n’est pas anodin, car cela nous rappelle à chaque fois que cet animal ne nous appartient pas et que nous pouvons le tuer et le consommer uniquement par la permission de Dieu. Ce rappel va nous également nous engager à suivre les règles que Dieu a fixé pour cette mise à mort.


Il faut tout d’abord isolé l’animal afin que les autres bêtes du troupeau ne voient pas cela. Puis il est recommandé de bien aiguiser la lame du couteau dans le but de faire diminuer au maximum la souffrance de l’animal. Ensuite, il faudra cacher la lame afin que l’animal ne la voit pas. De manière plus générale, ces recommandations ont pour objectif de nous appeler à la bienveillance et à la douceur.


Une fois l’animal égorgé, il va falloir attendre sa mort complète avant de commencer le dépeçage. Enfin, l’endroit devra être nettoyé du sang avant de faire entrer un nouvel animal afin de ne pas le stresser ou lui faire peur.


Si l’on s’en tient à une pratique rigoureuse de ce processus d’élevage et d’abattage, on comprend bien qu’il nous sera impossible de tuer 10 000 poulets à l’heure comme c’est le cas aujourd’hui sur les chaînes des abattoirs. On voit bien qu’au cœur cette législation se trouve la nécessité de ne consommer de la viande que de manière exceptionnelle, ceci afin de respecter totalement l’animal de sa naissance à sa mort.


D’ailleurs, beaucoup de nutritionnistes affirment aujourd’hui que cette consommation excessive de protéine animale n’est pas compatible avec nos modes de vie sédentaires et qu’elle pourrait être à l’origine de nombreuses maladies comme le cancer du côlon.


Par ailleurs, nous pourrions cité ici les impacts négatifs de cette surconsommation de viande à l’échelle de la planète (65% de la déforestation en Amazonie est liée à l’élevage). On pourrait ajouter que selon le fond pour l'alimentation et l'agriculture des Nations Unies, un kilogramme de bœuf nécessite 15 000 L d’eau. C’est aussi presque 15% de nos émissions de gaz à effet de serre, donc plus que les transports. Si donc les musulmans s’orientent vers un vrai respect des règles islamique concernant la consommation des animaux, nous verrons une amélioration à l’échelle mondiale de l’état de la planète et peut être aussi de notre santé.


En étudiant la vie du Prophète, nous voyons que la viande n’était pas un met journalier mais plutôt réservée à de grands moments. Et notamment lors des invitations, ou alors les jours de fêtes.


Faut-il pour autant devenir végétarien voire végan ? Tout d’abord, je pense qu’il faut clarifier ce dont nous parlons. Certaines personnes sont végan car elles estiment que l’être humain ne devrait tout simplement pas élever des animaux. La législation islamique ne va pas dans ce sens. Si l’on suit l’exemple du Prophète (PBSL), il a mangé de la viande, bu du lait, mangé du miel, nous montrant ainsi que tout ceci était licite est bénéfique pour notre organisme.


Mais une partie des végans le sont plutôt parce que les animaux souffrent du fait des conditions d’élevage. Je trouve à ce titre l’approche de Aymeric Caron très intéressante :

« La production commerciale de lait, quelle que soit la taille de l’exploitation, entraîne donc souffrance et mort. Mais imaginons une petite ferme où aucun animal n’est envoyé à la boucherie. Les animaux se reproduisent naturellement, et chacun meurt de sa belle mort. Qu’est-ce qui nous empêche dans ce cas de prélever un peu de lait pour notre consommation personnelle ? La vache n’en souffrira pas, ni son veau. Cette configuration relève sans doute de l’utopie dans notre monde actuel, mais elle n’est pas irréaliste dans un futur proche. (…)

En ce qui concerne les œufs, c’est une autre histoire. Il existe à la campagne de petits élevages de poules en liberté, dont aucune n’est maltraitée ou tuée lorsqu’elle devient moins productive. Pourquoi ne pas récupérer leurs œufs ? Aucune souffrance engendrée, les poules sont nourries et protégées des prédateurs en retour, et les œufs sont une source de protéines pour l’homme. En tout cas, cela me semble cohérent. »


Sur ce principe, je pense que tout musulman devrait être végan et donc refuser de consommer une viande ou un produit laitier issus d’un processus ou l’animal n’est pas respecté. Et on peut légitimement se poser la question sur l’attitude qu’aurait eu le Prophète (PBSL) s’il avait vécu à notre époque. Nous avons vu dans un autre article comment il a réagi à chaque fois qu’un élément de la nature souffrait . Aurait-il accepté de manger la viande d’un poulet qui pendant 35 jours vit dans une cage d’un mètre carré avec 27 de ses congénères à tel point qu’il ne peut pas bouger ? Un poulet qui est gavé de nourriture au point où il pèse à 35 jours ce qu’il devrait peser à 4 mois. Un poulet bourré d’antibiotiques pour le garder en vie assez longtemps pour être ensuite ramassé à la pelleteuse, entassé dans des camions, accroché sur les rails de l’abattoir et découpé au rythme de 10 000 par heure par une scie circulaire qui tantôt tranche le cou, mais parfois l’abdomen ou la moitié du crâne ?


On pourrait me rétorquer que cela relève presque aujourd’hui de l’impossible. La viande bio est encore rare et chère. Alors trouver du lait qui aurait été prélevé sans arracher le petit à sa mère … Mais il faut militer dans ce sens, convaincre nos producteurs et nos bouchers que c’est cela que nous voulons et que nous sommes prêts à en payer le prix, et faire en sorte que ces filières respectueuses des animaux se développent.





[1] Muslim

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